
Version boîte d'openSUSE 11.0
Comme expliqué dans le premier volet:
1. SuSE Linux est un ensemble de logiciels libres qui sont packagés avec un outil d’administration (YaST) qui était non-libre
2. SuSE Linux est disponible à la fois en version boîte avec des manuels imprimés, CD et accès à support technique professionel et en téléchargement libre (disponible 2 mois après l’apparition de la version boîte)
3. SuSE Linux se décline à partir de sa version 7 en plusieurs éditions (personnelle / professionnelle)
5. SuSE Linux a rapidement gagné ses galons notamment en Allemagne mais sa notoriété se retrouve aux quatre coins du monde. Accessoirement SuSE Linux est la distribution commerciale la plus ancienne encore en activité et compte 16 bougies en cet an de grâce deux mil dix
6. A partir de 2001, SuSE propose un sous -ensemble de l’édition professionnelle particulièrement mature et stable particulièrement adaptée aux entreprises avec des servies de consultation et de support et un cycle de vie long (7 ans). Cette édition orientée entreprise subit de longues et rigoureuses batteries de tests;
Bref, non seulement SuSE Linux est une distribution qui a fait ses preuve et qui est grandement appréciée et particulièrement active avec plusieurs publications par an mais de plus elle a le mérite d’intégrer le nécessaire la rendant facile à administrer et très accessible. Est-ce que le rachat de SuSE par Novell à l’automne 2003 fera changer le vent de direction ? Oui et c’est plus qu’une révolte Sire, c’est une petite Révolution !
Qui dit rachat dit également changement de stratégie, du moins dans un bon nombre de cas de figure et également victimes. SuSE Linux ne fait pas exception à la règle et les lignes de produits sont revues à partir de la version 10 de SuSE Linux (SuSE Linux 9 sortant à l’automne 2003 soit peut avant le rachat) :
- l’édition personnelle de SuSE Linux qui tombe directement dans les oubliettes. Exit!
- l’édition professionnelle qui disparaît des tablettes en tant que telle mais qui va connaître une destinée beaucoup moins tragique car Novell prend la décision de passer la main à la communauté au lieu de conserver intégralement le développement in-situ, l’annonce étant faîte le 4 Aôut 2005 : Le projet openSUSE est né !
- Par « SUSE Linux » est désignée de manière globale la distribution openSUSE elle-même ainsi que ses dérivés « entreprises » (SLES entre autres);
Ce projet verra son existence officialisée avec la sortie d’OpenSUSE 10.2 le 6 octobre 2005 et revendique trois objectifs :
- Faire d’openSUSE la distribution Linux la plus facile à obtenir pour n’importe qui et la plateforme libre la plus répandue au monde;
- Fournir un environnement de collaboration open source qui fasse d’openSUSE la meilleure distribution Linux du monde pour les nouveaux utilisateurs, mais aussi les utilisateurs expérimentés;
- Simplifier considérablement et ouvrir les procédés de développement des paquets, pour faire d’openSUSE la plateforme de choix pour les développeurs Linux et les créateurs d’applications;
Bien que la communauté soit le pilier central d’openSUSE, le projet est doté d’un conseil de six personnes dont cinq membres élus par la communauté et d’un président nommé par Novell. Le rôle de ce conseil consiste essentiellement à fournir les lignes directrices du projet (mais pas à influer sur le développement), servir de noeud de central de communication et assumer quelques autres responsabilités comme la résolution de conflits, l’aide à la communication entre tous les groupes de la communauté openSUSE, soutenir le processus de décision lorsque requis ainsi que de servir d’interface entre Novell et la communauté. openSUSE est devenu un projet communautaire certes, mais il est néanmoins empreint d’une forte teinte Novell, d’autant plus si on jette un regard sur la composition actuelle du conseil on s’aperçoit que trois des cinq membres élus sont des employés ou ex-employés de Novell !

Destop KDE 4 (openSUSE 11.2)
Novell conserve par contre entièrement le contrôle sur SUSE Linux Enterprise Server pour qui rien ne change : SLES sera toujours un sous-ensemble de l’édition professionnelle SuSE Linux d’openSUSE avec les même outils dédiés entreprise et restera payante (mises à jour, support…). SLES se voit désormais découpée en trois branches :
- SUSE Linux Enterprise Server (SLES) : dédiée au back office
- SUSE Linux Enterprise Desktop (SLED) : dédiée au poste de travail
- SUSE Linux Enterprise Thin Client – SLETC : dédiée aux terminaux légers, cette branche est un dérivé de SLED.
D’ailleurs openSUSE n’est pas le seul projet à avoir ses racines dans un produits commercial, le projet Fedora a été mis en place deux ans plus tôt (fin 2003), suite à l’abandon par RedHat de RedHat Linux au profit d’une édition homologue à SLES : RedHat Linux Enterprise. Celà peut peut être donner l’impression qu’il y a d’un côté une communauté qui travaille d’arrache pied à produire et entretenir des milliers et des milliers de logiciels libres d’un côté et des entreprises qui récupèrent le travail de l’autre et engranger les deniers. Que nenni ! Il n’en est rien car Red Hat, Novell et d’autres comme Canonical (Ubuntu) dédient du personnel travaillant à temps plein non seulement sur l’emballage de ces logiciels (qui donne au bout du compte une distribution GNU/Linux) mais également sur les différents logiciels eux-mêmes. Pour prendre un exemple très précis : quelle entreprise contribue le plus au noyau GNU/Linux ? Tiercé dans l’ordre : RedHat, IBM, Novell… Linus Torvald continuant de chapeauter le tout. D’ailleurs tant que je suis dans le sujet du noyau GNU/Linux, une petite anecdote : son coût de développement a été chiffré à plus d’un milliard et demi (!) de dollards USD et encore c’était en 2006….
Et encore il n’y a pas que le noyau GNU/Linux ! Novell contribue beaucoup au niveaux d’autres projets : Mono (plateforme .Net libre) est un projet sponsorisé par Novell qui y dédie plusieurs salariés dont Miguel de Icaza (à qui on doit le aussi bureau GNOME). Malheureusement le récent ralentissement économique à fait son oeuvre et plusieurs personnes ont du quitter l’entreprise dont Luc Verhaegen qui travaillait entre-autre sur RadeonHD (un pilote libre X-Window dédié aux nouvelles générations de cartes graphiques ATI/AMD).
Pour en revenir à openSUSE la contribution de Novell est considérable car non seulement les apports du personnel salarié de Novell (notamment par le biais des travaux sur SLES, ses dérivées et projets tiers comme le noyau GNU/Linux) repart dans la communauté mais en prime la compagnie fournit l’infrastructure technologique en arrière du projet dont :
- les serveurs primaires hébergeant la distribution (à partir desquels télécharger le coeur de la distribution et ses différents paquets logiciels)
- le portail du projet openSUSE
- un wiki dédié à openSUSE (et par extension SLES/SLED/SLETC), actuellement en chantier
- des forums de discussion
- des services comme SUSE Studio qui permet de se construire une distribution openSUSE personalisée
- une “forge”, fonctionnant de manière similaire au bien connu sourceforge.net
whois opensuse.org
Par ailleurs, bien qu’étant projet communautaire en téléchargement libre, Novell « ressuscite» l’édition professionnelle de SuSE Linux en proposant une version boîte d’openSUSE qui comprend, pour la version 11.2, de la distribution :
- 90 jours de support gratuit par téléphone et courriel
- un DVD d’installation pour ordinateurs basés x86 (32 et 64 bits) + un CD avec des logiciels propriétaires tiers
- des manuels imprimés
- des autocollants (ou comment faire à sa manière un peu de propagande en en collant un sur son netbook/laptop et le laissant subtilement bien en vue de tout le monde au bureau
)
Le tout pour la modique somme de 59.95EUR, ce qui est légèrement moins cher qu’une SLED (compter 69EUR pour le niveau Basic et environ 125 pour le niveau Standard). Si je n’ai aucune idée des prix nord-américains pour le moment, la sortie n’ayant pas encore eu lieu en Amérique du Nord, toujours est t’il que grâce à un changement de politique à la suite de la création du projet openSUSE, vous pouvez avoir accès à la dernière version en date de la distribution sans avoir à patienter deux mois
Hé oui ! Nul besoin de payer une licence…. Vu qu’il s’agit d’un ensemble de logiciels libres pouvez utiliser openSUSE comme bon vous semble et vous être encouragés à copier et diffuser openSUSE tout autour de vous
Au final il n’y a d’ailleurs pas de perte au change car le contenu des supports fournis avec la version boîte et le contenu des images ISO qui sont disponibles sur les serveurs de téléchargements est identiques, CD d’applications tierces exclu. L’achat de la version boîte est tout de même sympa pour le projet vu que celà contribue à son financement.
Outre son ouverture openSUSE apporte son lot d’autres bonnes nouvelles comme un rehaussement de la la considération de l’environnement de bureau GNOME qui fait à présent jeu égal avec l’environnement de bureau KDE (il est possible d’installer les deux et de basculer de l’un à l’autre) et surtout la conservation d’un cycle de release régulier comme l’illustration ci dessous le démontre. Bien évidemment étant donné que la branche « entreprise » de la distribution est issue de la même base, elle se fera elle-aussi sur une base régulière.

Cycles de release (source : Wikipedia)
Mais au juste… qui utilise openSUSE ? Vous (probablement), moi du moins sur le portable que l’entreprise met gracieusement à ma disposition (ma machine à la maison fonctionnant elle sous Gentoo) et beaucoup d’autres personnes de part le monde. Le nombre exact de personnes est malheureusement impossible à avoir… De une parce qu’on ne peut pas résumer cette statistique au seul nombre de boîtes vendues par Novell ou du nombre de fois que la distribution a été téléchargée sur les serveurs du projet (il faudrait prendre en compte tous les mirroirs, les CD qui circulent dans les événements, etc) par contre on peut avoir un certain ordre d’idée sur le sujet :
- Sur le site DistroWatch.com (référence en terme de systèmes libres), la section dédiée à openSUSE est classée quatrième en termes de visites;
- Selon les statistiques de visite des pages sur le serveur download.opensuse.org (tout en bas), on compte environ 695000 visites depuis des machines fonctionnant sous openSUSE situées en Allemagne et 322000 pour les Etats-Unis suivis de la Fédération de Russie, le Royaume Uni, l’Italie, la Pologne, l’Espagne, le Brésil et la France (pour mes 5 minutes de chauvinisme franco-français
). - Les forums sur opensuse.org ont passé la barre des 40000 membres inscrits le 05 janvier 2010 ! C’est 10000 de plus que le 29 Juin 2009… soit 6 mois plus tôt, je vous laisse faire le calcul
Il n’y pas que les individus qui utilisent SUSE Linux ! Un certains nombre d’institutions de part le monde dont, non exhaustivement, le Gouvernement Suisse (3 000 serveurs) et Gouvernement du Québec pour le petit coin de planète qui nous concerne. L’information est difficile à trouver mais en tordant un peu le bras à mon ami Google et en lui faisant ingérer les mots magiques, il ressort qu’entre autres le Centre de Services Partagés du Québec utilise des serveurs SUSE Linux. Certes ce n’est ni la seule distribution utilisée, ni le seul endroit où l’on trouve des machine sous GNU/Linux dans notre Gouvernement Provincial mais ça reste un exemple. Le Gouvernement du Canada lui-même utilise des logiciels libres dont des systèmes GNU/Linux (si seulement je pouvais remettre la main sur mon CD de la CLAPP…)
D’ailleurs il n’y a pas que dans les services Gouvernementaux ou chez tout à chacun que l’on trouve le Caméléon : si on regarde le Top500 (les 500 machines les plus puissantes du monde), SUSE Linux est présent dans une vingtaine de machines dont 25 formellement identifiées comme fonctionnant en SLES 9, 20 en SLES 10 et une en SESNI (Système d’Exploitation SUSE Non Identifié
). 46 sur 500, c’est tout de même presque 10% ! GNU/Linux est décidément partout !
Le temps est venu de nous de fermer cette petite parenthèse historique et de nous pencher sur les nouveautés de la version 11.2 qui fera l’objet d’un prochain billet, d’ici là, pour reprendre la devise de la distribution : Have a lot of fun!
Cela tombe bien la cérémonie des JO commence dans 1h00…


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